Extrait du roman — La quête d’Alfred

La rencontre

Un carnet manuscrit, un stylo et un polaroïd d’Alfred et Ariana posés sur des partitions, près d’un carnet de voyage marqué Paris-Austerlitz.

Alfred et Ariana passèrent la soirée, la nuit même, à se confier sans retenue.

Alfred lui révéla qu’il faisait de la musique — non pas par simple loisir, mais avec la passion fervente de vivre un jour pleinement de son art. Son rêve était clair, fragile et puissant à la fois : que ses notes parlent au cœur des gens, que sa musique devienne son chemin.

Il lui confia aussi, avec une lueur d’espoir intense, que dans deux semaines, il partait pour une tournée aux États-Unis — un départ qu’il voyait comme le commencement d’une consécration, la promesse d’un nouvel horizon où tout pouvait enfin prendre forme.

Ariana écoutait, touchée par cette quête sincère et vulnérable, car elle aussi portait en elle ce feu de don et d’authenticité dans ses propres combats.

Alfred lui fit écouter ses musiques, posant chaque note comme on dévoile un secret intime. Ariana, bien qu’elle ne fût pas musicienne, sentit dans ces accords et ces mélodies une vibration qui lui parlait profondément, une résonance qui semblait compléter la sienne, comme deux voix qui s’élèvent en harmonie sans jamais chercher à se dominer.

Sa sensibilité à l’harmonie, à la beauté capable de soulager et d’élever l’âme, rencontrait celle d’Alfred, une résonance intérieure que les compositions dessinaient avec une sincérité bouleversante.

Ensemble, ils trouvèrent bien plus que des passions partagées. Ils découvrirent une quête commune de sens, ce désir ardent d’authenticité dans un monde souvent masqué, et ce courage nécessaire pour affronter l’inconnu sans renoncer. Et puis, surtout, cette capacité à rire ensemble sans retenue, à cultiver la légèreté même quand les ombres semblaient s’étirer bien loin.

Leur conversation prit alors une tournure plus profonde. Ils s’ouvrirent sur leurs enfances marquées. Chacun parla d’absences, de manques douloureux, de l’éloignement de leur père — ce pilier qui parfois avait déserté leurs vies, volontairement ou non.

Pour Ariana, cette séparation avait été un effondrement dont elle portait encore les traces, nourrissant cette peur d’abandon mêlée à une force farouche de survie.

Pour Alfred, c’était une blessure qu’il avait transformée en musique, une façon de crier silencieusement qu’il existait, qu’il méritait d’être vu.

Dans ces confessions, leur empathie mutuelle s’élargit, tissant un lien rare et solide. Ils comprirent qu’ils étaient, chacun à leur manière, des âmes forgées dans la douleur, mais aussi dans la lumière qu’ils cherchaient à faire grandir.

Cette nuit-là, la musique d’Alfred et le regard d’Ariana racontèrent ensemble une histoire plus vaste que leurs mots, une histoire d’enfance brisée, d’amour retrouvé et de courage partagé.

Tout était d’une simplicité désarmante, d’une évidence rare. Comme deux pièces d’un même puzzle qui venaient enfin de se retrouver.

Alfred proposa alors à Ariana un selfie, pour graver ce moment suspendu dans le temps. Il avait, à cet instant précis, cette intuition délicate mais certaine : un chemin venait tout juste de s’ouvrir devant eux, un sentier à parcourir ensemble.